Après 65 ans, un bilan de santé régulier ne se résume pas à une prise de sang et un passage chez le généraliste. Il s’agit d’un protocole structuré de repérage des risques individuels, qui couvre aussi bien les pathologies silencieuses que les facteurs de perte d’autonomie. Depuis 2024, le dispositif Mon Bilan Prévention cible spécifiquement les tranches 60-65 ans et 70-75 ans, avec un entretien de 30 à 45 minutes intégralement pris en charge par l’Assurance maladie.
Mon Bilan Prévention après 65 ans : un dispositif encore méconnu
La plupart des articles sur le sujet listent des examens (bilan sanguin, mammographie, test fécal) sans mentionner le cadre dans lequel ils s’inscrivent désormais. Mon Bilan Prévention change la logique : avant tout examen, un auto-questionnaire préalable permet de cartographier les risques individuels, les comportements, les vaccinations manquantes et les dépistages en retard.
L’entretien qui suit n’est pas une simple consultation. Le professionnel de santé co-construit avec la personne un plan personnalisé de prévention. Ce plan hiérarchise les priorités : faut-il d’abord contrôler la glycémie, programmer un dépistage du cancer colorectal, ou adresser un problème d’équilibre ?
Un point rarement souligné : ce bilan peut être réalisé par un médecin, mais aussi par un pharmacien, un infirmier ou une sage-femme. À partir d’octobre 2026, les masseurs-kinésithérapeutes pourront également le conduire, ce qui ouvre la prévention aux problématiques de mobilité et de risque de chute, particulièrement fréquentes après 65 ans.

Pathologies silencieuses après 65 ans : ce que le bilan sanguin seul ne détecte pas
L’hypertension artérielle illustre bien les limites d’un suivi trop superficiel. Une mesure ponctuelle au cabinet médical peut donner un résultat normal alors que la pression artérielle grimpe la nuit ou lors d’efforts. Les recommandations actuelles privilégient la mesure ambulatoire ou l’automesure sur plusieurs jours pour confirmer un diagnostic.
Le diabète de type 2 suit une trajectoire comparable. La glycémie à jeun peut rester dans les normes pendant des années alors que la résistance à l’insuline progresse. Un dosage de l’hémoglobine glyquée, intégré au bilan biologique, donne une image plus fidèle du métabolisme glucidique sur les trois derniers mois.
L’ostéoporose, un risque sous-estimé chez les hommes
Le dépistage osseux est souvent associé aux femmes post-ménopausées. Après 65 ans, les hommes sont aussi concernés par les fractures de fragilité, en particulier au niveau des vertèbres et du col du fémur. Une ostéodensitométrie peut être prescrite en présence de facteurs de risque : corticothérapie prolongée, antécédent de fracture à faible impact, perte de taille significative.
Risque de chute et perte d’autonomie : le bilan que les seniors repoussent
Les chutes représentent l’une des premières causes d’hospitalisation chez les personnes de plus de 65 ans. La Haute Autorité de santé (HAS) a défini un cadre de repérage de la fragilité de la personne âgée, qui intègre des critères simples : vitesse de marche, force de préhension, perte de poids involontaire, fatigue déclarée.
Ce repérage ne nécessite pas d’équipement sophistiqué. Un test de lever de chaise chronométré ou un appui unipodal de quelques secondes suffisent à identifier un risque élevé. Le problème est que ces évaluations sont rarement proposées lors d’une consultation classique, faute de temps.
- L’évaluation de l’équilibre statique et dynamique repère les personnes à risque de chute avant le premier accident
- Le bilan nutritionnel identifie une dénutrition protéino-énergétique, fréquente et souvent ignorée après 65 ans
- Le dépistage des troubles sensoriels (vision, audition) réduit le risque d’isolement social et de déclin cognitif associé
L’arrivée des kinésithérapeutes dans le dispositif Mon Bilan Prévention en 2026 devrait combler une partie de ce manque. Un professionnel de la rééducation est mieux placé qu’un généraliste pour évaluer la stabilité posturale et proposer un programme de renforcement adapté.

Télésurveillance médicale après 65 ans : compléter le bilan par un suivi continu
Un bilan annuel donne une photographie à un instant donné. Pour les pathologies chroniques fréquentes après 65 ans (insuffisance cardiaque, diabète, hypertension), la télésurveillance médicale remboursée depuis juillet 2023 permet un suivi entre deux consultations.
Le principe repose sur la transmission régulière de données (poids, tension, glycémie) via des dispositifs connectés. Un algorithme ou un professionnel de santé analyse les écarts par rapport aux seuils définis et déclenche une alerte si nécessaire. Ce modèle ne remplace pas le bilan de santé, mais il le prolonge en détectant les dégradations entre deux rendez-vous.
Ce que la télésurveillance ne couvre pas encore
Le périmètre remboursé reste limité à certaines pathologies. Les troubles cognitifs débutants, la dénutrition progressive ou le déclin sensoriel ne font pas l’objet d’une télésurveillance structurée. Pour ces dimensions, le bilan de prévention en présentiel reste le seul filet de sécurité.
Fréquence et calendrier des bilans de santé après 65 ans
Le rythme dépend du profil de risque. Pour une personne sans pathologie chronique connue, un bilan de prévention annuel constitue le socle recommandé. Ce bilan inclut a minima un examen clinique, un bilan biologique, une vérification du statut vaccinal et un repérage de la fragilité.
Certains dépistages suivent un calendrier propre :
- Le test immunologique fécal pour le cancer colorectal est recommandé tous les deux ans jusqu’à 74 ans
- La mammographie de dépistage du cancer du sein est proposée tous les deux ans jusqu’à 74 ans
- Le contrôle de la tension artérielle et de la glycémie gagne à être réalisé au moins une fois par an, plus souvent en cas de facteur de risque
- L’évaluation de l’audition et de la vision mérite un contrôle régulier, en particulier si des difficultés apparaissent dans les activités quotidiennes
Le dispositif Mon Bilan Prévention cible deux fenêtres (60-65 ans et 70-75 ans), mais rien n’empêche de solliciter un bilan complet à tout âge au-delà de 65 ans, en coordination avec le médecin traitant.
La prévention après 65 ans repose moins sur la multiplication des examens que sur leur cohérence. Un plan personnalisé, construit à partir d’un repérage systématique des risques, permet de concentrer les efforts là où ils ont un impact réel sur la santé et l’autonomie.

